jeudi 24 janvier 2019

Sonia Delaunay - "Le Livre Blanc" chez Patrick Raynaud, Marseille

Vernissage : 27 janvier de 18h00 à 21h00
Exposition : jusqu'au 17 février 2019 sur rendez-vous

#7 clous à Marseille


Sonia Delaunay - Le Livre Blanc

Dans les années 1960, l'auteur et éditeur Jacques Damase rencontra Sonia Delaunay pour une interview et un article qu'il publia dans une fameuse revue d'art de l'époque, au joli nom de "Plaisirs de France". Quelques jours après cette publication, pour lui exprimer sa satisfaction, Sonia Delaunay lui fit livrer une gouache (connue sous le nom de "Rencontre"), accompagnée d'un mot manuscrit lui disant qu'elle aimerait le revoir. Une collaboration amicale et fructueuse commençait, qui allait durer au quotidien plus de quinze ans, jusqu'à la mort de Sonia en 1979.

Jacques Damase, jugeant le travail de Sonia quelque peu occulté par celui de son mari Robert, décédé bien des années auparavant, entreprit un lourd travail de mise en valeur sous toutes sortes de formes: expositions, monographies, catalogues, rétrospectives, films (dont j'eus le privilège de signer la réalisation), lithographies, tapisseries, multiples, dont un simple passage sur les réseaux peut donner une idée de l'ampleur.

Sonia se retrouva dans la lumière et manifesta une créativité juvénile dont je fus le témoin au long de toutes ses années; "j'ai encore beaucoup de choses à apprendre, à mettre au point dans ce que je fais" dit-elle dans la bande son de mon film "Prises de vue pour une monographie". Et ses derniers mots adressés à la personne qui l'aidait à s'habiller le matin de sa mort furent: "dépêchez-vous, j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui!", et elle s'éteignit.

Pendant dix ans, en parallèle à mon travail dans le cinéma, ma proximité avec Jacques m'amena à côtoyer Sonia très régulièrement, à lui servir d'assistant sur divers projets de commande publique ou privée, mosaïques, costumes pour "Six personnages en quête d'auteur" à la Comédie Française, ainsi qu'à effectuer 40 heures d'interview sur sa vie et son oeuvre pour le film qu'elle me commanda sur le travail de Robert Delaunay, lesquelles furent transcrites et adaptées dans le livre "Nous irons jusqu'au soleil" aux éditions Robert Laffont.

Pendant toutes ces années, j'entendais Sonia et Jacques parler du "livre blanc", c'est ainsi qu'ils appelaient le carnet de travail où Sonia proposait des gouaches et des dessins dans l'idée d'alimenter comme elle le dit dans son exergue "l'inspiration" de Jacques. Certaines de ces gouaches ont donné lieu à des éditions de lithographies, ou de tapisseries, une autre a été arrachée "parce que mauvaise"(ainsi que l'écrit Sonia sur la page opposée), quelques autres manquent, dont une, retrouvée par ailleurs, et dont la déchirure du papier correspond... Au total 38 oeuvres à la gouache, au crayon, au fusain ou même au stylo bille, qui n'ont jamais été vues par personne qu'eux deux. Jacques donnait des petits noms à ces gouaches que Sonia ne titrait pas spontanément: "Rencontre", mais aussi "Serpent noir" "Carré rouge" "L'affreux Jojo", c'était leur manière de parler des oeuvres sans s'embrouiller et ce sont devenus les titres des oeuvres éditées.

Sonia a dédicacé ce cahier à Jacques par deux fois, en 77 et en 78, comme pour bien signifier l'importance de leur collaboration. Après la mort de Sonia il ne l'avait jamais montré à personne, pas même à moi, comme s'il s'agissait d'une chose précieuse, intime, qui ne valait que par ses échanges avec Sonia, et dont il se contentait de n'être plus que le dépositaire, jusqu'à sa mort à lui en 2014.
Près de cinq ans plus tard, et après mûre réflexion, j'ai décidé de cesser de garder pour moi ces oeuvres d'une fraîcheur, d'une spontanéité et d'une virtuosité admirables dont j'avais hérité. Il ne s'agissait pas d'une suite, mais d'une successions de travaux autonomes, signés individuellement pour la plupart, étalés sur plusieurs années et se terminant sur un des rares dessins figuratifs de Sonia: une esquisse de portrait au crayon de Jacques lui-même. Cette hétérogénéité m'autorisait je pense à démonter "le livre blanc" pour mettre au jour séparément des travaux qui appartiennent avant tout à l'histoire de l'art.

Cependant, une documentation photographique effectuée avec soin pourra éventuellement permettre l'édition d'un fac-similé de qualité, Sonia ayant toujours défendu, avec les artistes du Bauhaus, la reproduction, l'édition, la démocratisation de l'art jusque sur les tissus et les robes des femmes, les gilets des hommes ou les livres d'art, comme la fameuse "Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France", dont "tous les volumes déployés ensemble auraient dû faire la hauteur de la tour Eiffel".

J'ouvre "Le livre blanc" au public, chez moi à Marseille où je poursuis mon projet "7 clous à Marseille" (septclousamarseille.com), et j'espère pouvoir partager avec le plus grand nombre ces moments de recherche à la fois modeste et magistrale que furent les gouaches pour Sonia Delaunay, quand son grand âge ne lui a plus permis de s'attaquer à de grandes toiles; "bien sûr, j'aimerais faire de grandes toiles, encore, mais on peut très bien s'exprimer par des petites annotations" dit-elle encore dans le film qui sera présenté en parallèle tout au long de l'exposition.

Patrick Raynaud


Galerie Patrick Raynaud
150 Rue de Crimée
13003 Marseille
Et jusqu’au 17 Février sur rendez-vous 

Retrospective Jordan Matter à la galerie Kamil, Monaco

Vernissage : vendredi 25 janvier à 18h00
Exposition :  du 25 janvier au 8 mars 2019



Sous le haut Patronage de la Princesse Stéphanie de Monaco

Jordan Matter is a portrait and dance photographer, author of the New York Times bestsellers Dancers Among Us and Born to Dance. His work has created a viral phenomenon attracting over three million followers on social media and the videos of his Youtube series, 10 minute challenge have been viewed over 200 million times.

He has presented his work to a wide variety of organizations such as ESPN, the National Arts Club or the school of Visual Arts. Him and his work have been featured on ABC World News, Nightline, Late Night with Seth Meyers, Today, the BBC and in the New York Times, the Huffington Post, O, The Oprah Magazine and newspapers, magazines and exhibitions all over the world. Matter, who lives in New York City with his family was recently an Arts Envoy through the State Departement on a speaking tour of South Korea sponsored by the U.S Embassy and is thrilled to Come present hier work and shoot in Monaco.


Galerie KAMIL,3 ave Princesse Grace,
Monaco
tel +377 92 16 00 10
http://www.kamil.mc

Geoffrey Hendricks et Berty Skuber à la galerie Eva Vautier, Nice

Vernissage : vendredi 2 janvier à 18h00
Exposition :  du 26 janvier au 23 mars 2019

Goeffrey Hendricks - "Skies"

Geoffrey Hendricks, portrait, © Photographie Thierry Bourgoin
Geoffrey Hendricks (1931 – 2018) a été aux Etats-Unis l’un des membres actifs du mouvement Fluxus, aux côtés de Georges Maciunas, dès 1960.

La représentation des nuages, et son étude systématique des couleurs de ciels, peints le plus souvent à l’aquarelle, lui ont valu le surnom de « cloudsmith – forgeron de nuages », que lui a attribué Dick Higgins. Dès 1965, il réalise les « Sky Boots » et recouvre ensuite de motifs nuageux, toiles, objets, installations et corps humains. Geoffrey Hendricks élargit ses recherches à la performance, pratiquant la posture du poirier, produisant par son renversement tête en bas, une modification de la vision du monde, de l’art et de la culture.

 Berty Skuber - "Reusen"

Berty Skuber, Reusen, 2000-2018, fils de cuivre © Photographie Christoph Peer

Berty Skuber (1941) élabore son oeuvre telle une « encyclopédie fantastique », utilisant un large éventail de moyens d'expression : boîtes, assemblages d'objets et livres, photographies, dessins, collages, peintures et écritures.

Le langage est l’un des points de départ essentiels de son travail, qui est également mis en évidence par le soin apporté au choix des titres et des thèmes de ses expositions.




Galerie Eva vautier
2 rue Vernier
06000 Nice France

Du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
contact: galerie@eva-vautier.com
tel: 09.80.84.96.73

lundi 7 janvier 2019

"Urban Solitude", à la Galerie Depardieu, Nice

Vernissage : jeudi 10 janvier entre 16h et 21h
Exposition : jusqu'au 2 février 2019

LAURENCE BESSAS et N_VR

Laurence Bessas, la sculpture comme une respiration

A la sortie des « Beaux-Arts » Laurence Bessas s’était lancée dans la peinture à la main. Refusant les pinceaux et leurs traces hasardeuses, elle plongeait dans la matière, accumulait les couches de couleur, donnant ainsi naissance à des formes en suspens, à d’étranges silhouettes perdues dans l’espace. Cette petite femme d’apparence fragile avait pourtant l’âme d’un sculpteur et dès qu’elle entreprit la taille directe, cette vocation artistique s’affirma comme une évidence. La pierre et le bois s’imposèrent comme les vecteurs d’une expression que l’on peut qualifier de forte, dense, singulière. Laurence Bessas travaille aujourd’hui le granit, le marbre, le bois, insufflant à la matière un supplément d’âme. Pour elle «Sculpter, c’est projeter dans l’espace son moi qui est mémoire collective et universelle. Sculpter, c’est comme vivre, c’est contracter le temps à chaque respiration». Ses oeuvres sont précisément captivantes parce qu’elles semblent dépasser leurs contours pour gagner un au-delà invisible, imaginaire, multiple. Une façon très personnelle d’imprimer à la pierre ses émotions. Son oeuvre s’inscrit tout naturellement dans ce thème poignant, la déréliction de l’homme perdu dans une sorte de no man’s land. Urban solitude pour tous ceux qui tentent vainement de gagner une terre meilleure, pour tous ceux qui rêvent d’un ailleurs moins désespérant. Les couleurs et les veinures des bois exotiques qu’utilise Laurence Bessas évoquent les chemins tortueux qu’empruntent tous les errants, tous les migrants de la terre. Et l’on suit leur itinéraire en contemplant longuement ces sculptures abstraites, parfois imposantes par leurs dimensions mais donnant toujours à penser les contrastes, les vides, les pleins, les trajectoires. Une réflexion ouverte sur le monde contemporain.
 

Nicole Laffont


 




N_VR “URBAN SOLITUDE”

Urbaines Solitudes, suite photographique de N _ VR

Les solitudes croisées des urbains d'aujourd'hui forment un canevas d'instants de vie que la photographe N _ VR a patiemment rassemblés ici. De Buenos Aires à St Pétersbourg, les grandes métropoles exsudent ce même sentiment chez les humains qui y vivent : ils se sentent minuscules et tout à fait seuls au milieu d'une foule fantasmée à laquelle jamais on ne peut recourir pour sortir de cette solitude.
Chacun, au contraire, est systématiquement et implacablement renvoyé à son statut de minuscule élément d'un processus qui échappe désormais à toute tentative d’humanisation : la grande métropole. Dans la série d'images présentée ici, la photographe s'attache davantage à rendre l'atmosphère qui entoure les humains perdus dans la ville quelle qu'elle soit qu'à montrer des lieux en tant que tels. Les images ne sont jamais mises en scène et très peu retravaillées (quelques recadrages à la marge, rien de plus)

Urbaines Solitudes

Mais de qui sont-ils le nom, ces femmes et ces hommes surpris de dos dans une immobilité fascinante faisant écho aux paysages miroirs vides de toute existence qui s’étendent devant eux comme les reflets de leur humanité suspendue au fol espoir de renaître de ses cendres ? Visages-Paysages dérobés au flux du temps d’où la vie aurait fui vers quelque contrée inconnue d’eux, ultimes rêves éveillés d’une humanité en voie de déliquescence. Il y a là, dans ces silhouettes absorbées par le trou noir de l’objectif de N _ VR, des pulsions de vie que l’on devine en attente d’un je ne sais quoi qui les extrairait de cette stupeur de lave semblant les avoir momifiés à jamais.
Quelles que soient les métropoles, la taille de leur territoire et l’empreinte de celui-ci sur le globe terrestre, ces étendues désertées paraissent toutes offrir le même désarroi, le même reflet du vide de ces vies minuscules prises dans les rets de tentaculaires solitudes urbaines. De Buenos Aires à Saint-Pétersbourg, de Marseille à Bordeaux en passant par Arles, Aix en Provence et Berlin, sourd le même sentiment d’incomplétude générant les mêmes cris rentrés de détresse, toute tentative d’appel étant par avance destinée à ne trouver aucun écho.
De cette mélancolie picturale surgie de quelques failles spatio-temporelles captées - presque - incidemment par la photographe, ressort une inquiétante étrangeté renvoyant à celle ressentie lors de la projection des plans fixes de La Jetée de Chris Marker. Ce sentiment, qui préexistait avant que « la pellicule » ne le révèle, a quelque chose à voir avec le « sentiment océanique » dont parlait si bien Romain Rolland : l’impression fugace d’appartenir à un univers plus grand que soi qui se joue de l’intégrité de chacun en lui tendant le miroir de son absolue solitude.

Yves Kafka (Revue INFERNO)


 






Galerie Depardieu
6 rue du docteur Guidoni
06000 Nice France
Tél. 0 966 890 274
http://www.galerie-depardieu.com




"Tellus" au Centre culturel de Roquefort-les-Pins (06)

Vernissage :  vendredi 11 janvier à 18h30
Exposition :  du 11 janvier au 9 février 2019

JACQUES GODARD, HALA HILMI-HODEIB, et ROLAND KRAUS

TELLUS naît de la rencontre de trois artistes dont les horizons sont complémentaires. Trois tempéraments, trois visions et trois matières pour une seule réflexion sur nos origines.


Genesis-ECF5-644E (2017), pixoplastie

"...afin de fixer l’éternité mouvante dans une forme momentanée, Jacques Godard déstructure l’image numérisée et en redistribue les pixels, explorant (en photographe) de nouveaux univers picturaux..."
Fredérik Brandi

La pixoplastie me permet d'accéder à des univers improbables et poétiques, que je parcours, l'esprit sérendipien, à la recherche de mes pertinences."

Jacques Godard


Cosmiques 1 (1996), photographie argentique cadrée à la prise de vue.


“... Et on pourrait imaginer que ces pierres et cette eau (et toute cette lumière, et toutes ces couleurs) sont ce qu'a vu le premier homme lorsqu'il a ouvert les yeux sur le monde pour la première fois.”
Jean-Claude Pons

“... Le jeu de lumière sur l'eau ou sur la pierre, le clair-obscur pris presque en relief et en gros plan, rend la Nature abstraite, immobile, immuable, éternelle. Le temps semble s'arrêter.”
Nabila Hilmi

Nomade et enfant du monde, photographier c'est pour moi, m'évader,me faire surprendre, dessiner avec la lumière comme le disait Ansel Adams. Une multitude d'escapades solitaires pour s'imprégner de l'esprit du lieu, retrouver l'intime et l'imaginaire, la beauté et l'harmonie. La nature est ma source d'inspiration, elle est refuge et réconfort. Ultime paradoxe, mon eau vitale se nomme la mer Morte !
HALA Hilmi-Hodeib

La bataille a commencé (2018).


... devant les toiles de Roland Kraus, on a parfois le sentiment d’un gouffre effrayant qui s’ouvre en nous, d’une expérience venue du fond des âges, comme surgie du néant … il se produit un phénomène qui, semble-t-il, traverse les millénaires pour arriver jusqu’à nôtre époque … pour nous faire participer à cette expérience étrange et bouleversante qu’est d’entendre le tambour d’un chamane ...

Laszlo Fabian - Budapest 1986 
 
Ma peinture s’inscrit dans le courant de l’expressionnisme abstrait, toute en étant nourrie par la spiritualité orientale et l’imagerie archaïque. Ma prédilection pour la pratique de la gestuelle me permet de me dépasser en un état de transe proche d’une danse sacrée. En effet, seule la synthèse entre Orient et Occident fournit la réponse à mon questionnement spirituel. 

CENTRE CULTUREL
ROUTE DÉPARTEMENTALE 2085
ROQUEFORT-LES-PINS (06330)

jeudi 13 décembre 2018

"Caravage à Rome , Amis et ennemis", au musée Jacquemart-André, Paris


Jusqu’au 28 janvier 2019 se tient au Musée Jacquemart André, une exposition dédiée aux années romaines du Maître.

Les œuvres présentées proviennent d’institutions de renoms mais aussi de collections particulières ; ce qui permet de découvrir des œuvres méconnues de l’artiste comme sa « Madeleine en extase » (1606).

Marie Madeleine en extase


L’œuvre de Caravage est fascinante (comme l’était l’artiste à la personnalité sulfureuse), réaliste et humaniste à la fois. Ses peintures sont plus qu’une imitation de la réalité, elles sont la réalité elle-même, comme peut l’être une photographie prise sur le vif à un instant « t ».

Au fil du parcours de l’exposition, le visiteur découvre des œuvres d’autres artistes-peintres de renom, amis ou ennemis du Caravage, fascinés et influencés par ses œuvres.

Ainsi, à coté des œuvres du Maître, on retrouve des peintures de Giovanni Baglione, Bartoloméo Manfredi, Orazio Gentileschi, José de Ribera et Orazio Borgianni.

Malgré l’inimitié d’Orazio Borgianni pour Caravage, on reconnaît dans son « David et Goliath », l’influence de ce dernier notamment dans le clair-obscur et dans le réalisme de la représentation des spasmes du corps du géant philistin.


Judith et Holopherne

C’est « Judith et Holopherne », probablement sont tableau le plus connu, qui, en quelques sorte, propulsa Caravage au devant de la scène. Dans cet œuvre Caravage met en scène un drame biblique, celui de la jeune et belle Judith, veuve israélienne, qui trancha la tête du tyran Holopherne (Général assyrien envoyé pour assiéger Bethulie (probablement Massalah aujourd’hui)) pour affranchir son peuple. Cette œuvre magistrale inspira plus d’un contemporain du Caravage, comme Orazio Gentileschi, qui peint « Judith et sa servante » (exposée à la Cité du Vatican).


Orazio Gentileschi : Judith et sa servante

David et Goliath, Orazio BORGIANNI

Cette exposition nous permet, aussi, de mieux découvrir Caravage, sa vie tumultueuse et ses propensions à la violence qui l’ont conduit à fuir Rome suite au meurtre de Rannuccio Tomassoni au cours d’une rixe le soir de l’élection du pape Paul V (meurtre qui lui fut attribué mais dont on ignore réellement si il était « coupable »). Malgré sa grâce il ne revit jamais Rome, il mourut sur le chemin du retour. Caravage immortalisa ses années de fuite, d’exil forcé par son tableau « le souper à Emmaus ».  


Le Jeune saint Jean-Baptiste au bélier

Saint Jérôme écrivant (première version)

Le Repas à Emmaüs (deuxième version)

Ecce Homo


Celia MORES (textes et photos)
celia.mores@gmail.com

Musée Jacquemart-André
158 Blvd Haussman,
75008 Paris

"L’esprit d’une collection : les donations" - Fondation Maeght, St Paul de Vence

Exposition : 1er décembre 2018 au 16 juin 2019

l’ADN Maeght confronté à un œil extérieur.


Après la prestigieuse exposition de l’été, Jan Fabre : Ma nation : l’imagination à la Fondation Maeght, précédée de celle de Lee Bae, Plus de lumière, débute actuellement, la présentation de la collection Maeght, « l’esprit d’une collection : les donations ». Vaste sujet confié à Henri-François Debailleux, critique d’art, commissaire choisi pour cet évènement, très apprécié en mars dernier, alors même qu’il accompagnait l’artiste Lee Bae pour son exposition à la fondation.

Comment mettre en scène une telle collection, son côté unique par sa diversité en gardant l’esprit du lieu et les œuvres offertes par les artistes, les liens amicaux anciens de la famille Maeght, et poursuivre cette histoire d’amour avec les œuvres récentes, les donations, les choix de la Société des Amis de la Fondation Maeght, tout en rendant hommage aux collectionneurs...

Le fil rouge du parcours, tient en quelques mots « on ne peut se passer du passé ! » dit Henri-François Debailleux, ni de l’expérience d’Isabelle Maeght, ni des dons d’artistes aimés et des liens d’amitié. Le choix final a conduit à mixer les générations, avec la volonté de ne pas surcharger les salles. Les œuvres de quatre-vingts artistes sont à voir, avec une pensée particulière pour Edouardo Arroyo et Jacques Monory disparus récemment.

Depuis l’ouverture de leur Fondation, Marguerite et Aimé Maeght ont en effet alimenté la réserve de cette collection, fait don d’œuvres exceptionnelles, plus de mille œuvres de leurs amis artistes, de leur histoire d’amour avec les grands de l’époque : Pierre Bonnard, Braque, Chagall, Giacometti, Fernand Léger, Jean Miro…et cette collection s’est enrichie régulièrement par Adrien Maeght, fils et président du conseil d’administration, avec une série de peintures de Gérard Gasiorowski, qu’il affectionne, et des dons réguliers et répétés avec ses enfants.



L’exposition commentée par Henri-François Debailleux, commence par un jeu entre le blanc et le noir avec les œuvres de Raoul Ubac, Lee Bea, Arman. Plus loin se répondent, par écho chromatique, Ida, de Gérard Gasiorowski, la sculpture bleue de Gina Pane, Structures affirmées, barrière impénétrable, et la très belle œuvre en perspective, de Jacques Monory, de la salle de figuration narrative, visible depuis l’entrée.

Moment de plaisir, car dans cette salle Miro, voisinent des œuvres de Fromanger, Stampfli, Jan Voss, Toute la ville en parle, (1982) d’Eduardo Arroyo, Carte du tendre (1963) d’Hervé Télémaque, de Valerio Adami, Sigmund Freud in viaggio verso Londra, (1935), The Spanish comicscape, d’Erro…

Au fil du parcours, le regard du visiteur est attiré ici, à l’extérieur, par une sculpture de Miro, là il découvre un cabinet de dessins de Matisse, Folon, Fernand Léger, Ernest Pignon-Ernest…


Puis une œuvre de tendresse, ajoute Isabelle Maeght, en montrant un échiquier Max Ernst, offert par Catherine Prévert, à côté de petits bronzes de Calder, et d’un Makemono de Joan Miro.

En Hommage à La Fondation, les artistes ont depuis l’origine participé à la diversité de la collection, ils continuent de laisser des travaux qui marquent leur passage, choisis en accord avec le conseil d’administration.

Ces dix dernières années, le fonds d’œuvres de la Fondation s’est considérablement enrichi : Pier Paolo Calzolari, Jacques Monory, Gérard Fromanger, Djamel Tatah, Marco Del Re, Garouste, Wolfgang Gafgen, Louis Cane, Anne Tréal-Bresson, Eduardo Arroyo, Ra’anan Lévy, Lee Bea, ont généreusement participé, ils font partie des artistes de l’exposition.

Leurs œuvres sont à retrouver parmi leurs anciens : Underwood (2014) de Marco Del Re, Issu du feu, (2000) de Lee Bae, Toile au sang, d’Anne Tréal- Bresson, Le Dipri de Gaumont de Gérard Fromanger, d’autres à découvrir tandis que guette, le Chien à Kreutzberg (1976) offert par Eduardo Arroyo lui-même, placé dans la montée d’escalier amenant à la grande salle finale.


Le lien fort entre la Fondation Maeght et les artistes se poursuit, la création contemporaine de la collection s’affirme dans cette salle Giacometti, on appréciera de très belles œuvres, de Djamel Tatah (1992), Sylvie Fajfrowska, (2003), de Ronan Barrot, le 17 octobre 1961 à Paris, Daniel Clarke, Things remenbered, Things forgotten ou une œuvre de la Série Poils à gratter (2009) de Vincent Corpet, dons récents d’un généreux collectionneur éclairé.





Dans cette même salle, en apothéose, la magnifique huile sur toile sans titre (2006) de Jorg Immendorff, souscription des amis de la Fondation Maeght, termine l’exposition avec Under the gun de Philippe Perrin.

Poursuivre la visite par la salle appelée de la Mairie et dans le célèbre jardin de sculptures aux arbres centenaires. Revoir la peinture de Marc Chagall, La vie, qu’entourent, amis d’antan, les peintres et sculpteurs du début de la Fondation Maeght qui continuent de faire son attrait.

C’est une exposition limpide, au parcours harmonieux à voir tranquillement, pas à pas, jusqu’au mois de juin ou pendant les fêtes de fin d’année. L’histoire d’un lieu et d’une collection d’art moderne pigmentée de création contemporaine où les œuvres clignotent les unes avec les autres et racontent une histoire d’amour, celle de la famille Maeght, avec les artistes, les collectionneurs et donateurs généreux et passionnés d’hier et d’aujourd’hui.

Brigitte Chéry : Nice le 5 décembre 2018
Photo copyright : Béatrice Heyligers



Fondation Marguerite et Aimé Maeght
623, chemin des Gardettes
06570 Saint-Paul de Vence

Tel 33(0)4 93 32 81 63 : 1er décembre 2018 au 16 juin 2019

Ouverture tous les jours / Fermeture à 16 heures le 24 et 31 décembre