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mardi 15 septembre 2015

Thierry Lagalla : l’Esperiença plata (The Flat Experience)

Pour sa cinquième exposition personnelle à l’Espace à Vendre, Lagalla nous convie à l’Esperiença plata (The Flat Experience)

C’est une sole commune accrochée, par dessin, à la verticale, qui nous accueille. Cet animal, aux faces dissemblables, nageant sur le côté, dont la partie supérieure, pigmentée, est d’une nature mimant son environnement pour s’y confondre, apparaît comme le parfait ambassadeur de cette création artistique et de son rapport au réel.
Comme vous l’avez certainement vu, entendu et remarqué, cette œuvre vient usiner, affleurer le réel
pour en extraire le plus fin des copeaux. Rien à voir, à faire avec le minimalisme, si répandu, qui laisse supposer que par économie d’expression une pureté, un absolu est à portée d’oeuvre. Non, ça, Lagalla, ça le fait sourire. C’est ce même sourire qu’il doit arborer lorsqu’il crée à l’ombre des pâquerettes, comme il aime si bien le dire.



Allez, suivons la sole, embarquons! Ici vous êtes à bord d’un véhicule à moteur pour voyage aller-aller à longue distance ex. : Nice-Nice. Vous serez accompagnés de l’Éternel Départ gymnaste club et de l’olympique du Point de Non Retour. Tout au long de ce parcours vous croiserez l’artiste par le biais de l’autoportrait. Dans cette pratique, où le sujet se produit lui-même, où le propre, l’idiot, dans une création endogène, se figure, Lagalla régale.
Dans un premier temps, à la Héraclite, c’est un «lui» enfant au milieu du fleuve, le voyage dans le
temps, c’est difficile, puis le revoilà avec stupeur se rappelant le moment où il compris qu’il était lui.
Dans un trompe-l’œil permanent, et plus si affinités, nommé fuck-similé par l’artiste, à l’instar de la sole, il ne cesse par mimétisme de se confondre avec son environnement. L’original est une copie comme les autres, quel plaisir de le constater devant la facétieuse reproduction picturale d’une planche de bois, sans titre (noeud-noeud), puis cédant au faux du faux, ça sera la peinture d’une table en Formica imitation bois qui permettra d’introduire, à nouveau, au sein de l’œuvre, l’outil burlesque pâtissier,tarte à la crème (en prévision de) / Creampie (In Advance Of). Attention ça glisse!
Revenons à la sole, commune, Solea Solea, ce terme, ici redoublé, qui, chez les Romains, désignait la
sandale. C’est depuis cette infime épaisseur séparant l’être du sol, cette tranche entre ce qui aurait dû être et ce qui n’a pas été, que l’artiste, dans une heuristique continue, opère, et met à jour un monde réel créé par l’esprit qui envahit le monde des choses. Ainsi crânement, depuis son atelier, l’artiste
questionne tout ce qui l’entoure. Ici, il ne s’agit pas du coquet emploi de la mise en abîme, mais d’une interrogation sur la nature des choses et sa capacité à produire artistiquement du réel. Vue de l’atelier, face au podium#1, cela nous apparaît très clair. Par dessus tout cela, au milieu, entre, à l’intérieur, il y a la parole, pour ne pas dire le verbe, cet artiste et ces choses parlent, tchatchent plus exactement. Dans cette œuvre, les tranches de rôti, les lampes, les tables de ping-pong ... dialoguent, se représentent et se demandent si c’est parce qu’elles sont ainsi qu’elles sont. Enfin, imaginons Lagalla dans la nature, posant son chevalet devant son sujet et peindre, avec une tendre application, une usine à gaz. Aller-aller, retirons-nous avec discrétion, laissons-le terminer, préparons-nous à vivre l’esperiença plata et nous allons bien voir ce que nous allons voir.

Exposition du 19 septembre au 31 octobre 2015.
Vernissage vendredi 18 septembre 2015 à 18h


Espace A VENDRE - 10 rue Assalit 06000 Nice
espace-avendre.com - contact@espace-avendre.com
Ouvert de 14h à 19h du mardi au samedi et sur rendez-vous - +33 (0)9 80 92 49 23
 

mercredi 21 août 2013

Au revoir Monsieur Matisse !

Matisse, d’abord post-impressionniste, puis leader du fauvisme est le plus grand coloriste du XXe siècle. Tous ses successeurs, et même ses contemporains, ont dans leurs œuvres quelque-chose de Matisse. Ses couleurs pures, dès sa période fauviste, mais encore plus dans ses collages, créent une ambiance reposante ; ne disait-il pas qu’il créait un art qui serait « un calmant, effet calmant sur l’esprit, un peu comme un bon fauteuil » !

Alors qu’allions nous découvrir au MAMAC de Nice pour cette exposition intitulée « Bonjour Monsieur Matisse ! » consacrée à des artistes contemporains et, pensions nous, tous vivants. Qu’est-ce que la jeune création avait à nous offrir, inspirée par le maître ?

Thierry Lagalla

Dans son poème « La Noria » d’Antonio Machado la mule, qui tourne les yeux bandés et meurt de mélancolie, nous fait penser à cet accrochage au premier étage du musée : on s’ennuie. Le calme voulu par Matisse est remplacé par l’ennui. Cela est dû probablement à un accrochage très discutable, mais à la mode cet été, comme chez Maeght.

Pourtant les œuvres respectent souvent cet hommage : elles représentent parfois le maître lui-même, comme dans le tableau en relief de Larry Rivers, ou souvent ses couleurs, en particulier avec Alain Jacquet, ou son graphisme avec le drôle de jeu de boules de Laurence Aëgerter. Parfois l’œuvre surprend, comme celle d’Erro, avec son moteur Matisse qui mélange la photo d’un avion à réaction avec des nus de Matisse et un moteur digne de Fernand Léger. 

Paola Risoli

Pourquoi donc cette impression d’ennui ? Tout simplement parce qu’une grande partie des œuvres est réalisée par des artistes disparus ou datent d’il y a fort longtemps ; certaines même semblent incongrues comme les fameuses éponges (pardon haricots) de Viallat que l’on avait déjà vues lors d’une précédente exposition. Pire encore, des faux Matisse ne témoignent guère d’une forme de création. Les contemporains qui ont exécuté des œuvres spécialement pour ce « Bonjour Monsieur Matisse » ne sont pas majoritaires, et si on excepte l’installation de Paola Risoli avec ses bidons creusés où sont projetés des films qui se reproduisent sur le mur attenant, celle de Cynthia Lemesle et Jean-Philippe Roubaud, et l’humour de Thierry Lagalla, on navigue à travers les âges, ce qui donne cette impression de brocante de l’art, probablement non désirée, mais réelle.

Eh bien Monsieur Matisse, ceux que vous avez inspirés ne sont pas tous venus, loin de là, et après tout mieux vaut monter à Cimiez pour vous dire bonjour.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

Cynthia Lemesle & Jean-Philippe Roubaud
Jusqu’au 24 novembre avec les œuvres de : Tom Wesselmann, Roy Lichtenstein, Larry Rivers, Andy Warhol, Valerio Adami, Erró, Alain Jacquet, Claude Viallat, Louis Cane, Christian Bonnefoi, Claude Rutault, Vik Muniz, Sherrie Levine, Gilles Mahé, Patrice Carré, John Baldessari, Sophie Matisse, Christophe Cuzin, Laurence Aëgerter, Martin Kippenberger, Loïc Le Pivert, Gérald Panighi, Thierry Lagalla, Cynthia Lemesle & Jean-Philippe Roubaud, Paola Risoli, Erik Dietman, Wang Qingsong.

Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain - Promenade des Arts - Nice 06000 France - Tél. 04 97 13 42 01

Etaient présents : Simone Dibo-Cohen, Françoise Castellani, Celia Mores, Christian Gallo