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samedi 7 octobre 2017

Alberghina : le grand prix Matisse des soixante-dix ans de l’UMAM


Tous les deux ans, l’Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne (UMAM) décerne à l’occasion de ses biennales un grand prix, le prix Matisse, du nom de l’un de ses parrains, l’autre étant Bonnard. 2016 fut une année exceptionnelle, car au lieu d’une simple biennale, ce furent plus de quinze expositions organisées à Marseille, Nice, Beyrouth, Menton, Villefranche-sur-Mer, Aspremont, Etc. En effet l’UMAM fêtait les soixante-dix ans de sa fondation, ce qui, probablement, fait de l’association la plus ancienne d’Europe dans l’art contemporain. Ce furent donc des centaines d’artistes présents sur les cimaises et dans les salles, les chapelles et les palais.


 On va retrouver Marc Alberghina à plusieurs reprises et pas tout à fait par hasard. En 2014 déjà, lors de la biennale qui se tenait cette année-là au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer, son crucifix en hommage à Pablo Picasso avait impressionné et provoqué de nombreux articles de presse. Son cercueil formé d’urnes a étonné aussi bien à Villefranche qu’au palais de l’Europe de Menton. Que la présidente Simone Dibo-Cohen et les membres de l’UMAM décident de lui accorder ce prix exceptionnel est largement mérité et l’exposition organisée au musée Cocteau est la juste récompense d’un travail de grande qualité.

Parmi les milliers d’artistes exposés par l’UMAM, parmi soixante-dix ans de récompenses, ce n’est que la deuxième fois que l’Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne couronne un céramiste. Le premier fut Roger Capron, qui l’année de la fondation de l’UMAM arrivait à Vallauris. Marc Alberghina travaille aussi à Vallauris. En 1970 Capron obtient le grand prix international de la céramique ; Marc Alberghina l’obtient lui en 2016. La réputation de Capron est mondiale, celle d’Alberghina est en passe de le devenir.

Mais quand Capron travaillait à Vallauris, la ville était un grand centre de la création de la céramique ; ce n’est plus le cas aujourd’hui, car le goût des publics a évolué, devenus de simples visiteurs qui passent, ils ne sont pas attirés par la création mais plutôt par l’objet souvenir ou utilitaire, souvent fabriqué au bout du monde.

Avec Alberghina l’émail prend une autre valeur : parfois blanc, parfois très coloré, il resplendit et témoigne d’une maîtrise pratiquement unique en France. L’outrance, la violence, le sacré, l’interdit, la sauvagerie caractérisent ses œuvres souvent iconoclastes. Il aime le blanc mais bordé de couleurs. Ses urnes ont des liserés d’or, ses « Saint Sébastien » des taches de sang, ses « Canis Ligua » dégoulinent sur les socles… Cependant tout est beau ; on n’est pas outré en voyant ses céramiques, on reste sans voix, presque sans air.

Pourtant dans toutes ses expressions, rien n’est gratuit, tout est référencé. Les langues de chien nous font penser aux Rolling Stones, et de ce fait l’outrance devient attirante et sensuelle. Qui n’a pas vu sa sphère formée de sexes masculins (dont un seul en creux et en or) serait déçu. Quand elle est exposée, immanquablement tout le monde vient la toucher ; on a même vu un soir de vernissage les élus d’une commune se faire prendre en photo en la caressant…

Est-il morbide ? Il ne faut pas négliger les origines siciliennes de Marc Alberghina. Dans cette île les catacombes, comme celle des Capucins à Palerme, parsèment la terre : elles sont romaines, chrétiennes, juives, en particulier vers Agrigente dans la partie occidentale de l’île. Alberghina expose alors au grand jour ce qui est souterrain. Il n’est pas plus morbide que l’était Jérôme Bosch, mais avec autant d’imagination et d’outrance. Cette sensualité mortifère est accentuée par la beauté du brillant de la céramique. Ses sculptures deviennent alors séduisantes et parfois baroques. C’est le cas de ce roi présenté à Menton, squelette blanc richement vêtu et couronné, assis dans un fauteuil doré et nimbé d’un soleil rayonnant. De fait ses squelettes, ses ossements assemblés sont pleins d’humour, de jubilation parfois. Rien n’est gratuit et tout est attrayant.

Le 20 octobre prochain, Simone Dibo-Cohen lui remettra, au nom de l’UMAM, le diplôme du Grand Prix Matisse 2016. Il rejoindra, à ce moment là les gloires exposées par l’association : Picasso, Braque, Carzou, Chagall, Kandinsky, Klein, Soutine, Utrillo, Vasarely, Modigliani et bien entendu Matisse et Bonnard. Il rejoint également Hirst, Garouste, Dolla, Pignon-Ernest, Régent, Sosno, Viallat, Ben, Bombardieri, Pahlavi, Franta, Castellas, Tatah...

Christian Gallo


mardi 28 mars 2017

Au revoir l’UMAM, bonjour l’UMAM…

La dernière exposition pour fêter l’anniversaire de la création de l’UMAM a pris fin à la galerie d’Art Contemporain du Palais de l’Europe de Menton le 31 janvier 2017. Soixante-dix ans à présent révolus !
Quel parcours que celui de l’Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne créée par le docteur Raymond Thomas et Jean Cassarini en 1946 au siècle dernier ! Cette association parrainée par Pierre Bonnard et Henri Matisse fit évoluer l’Art moderne et apporta une aide tellement importante aux artistes ! Rappelons qu’on lui doit la création en 1950 d’un musée d’art moderne à Nice avec une exposition de Matisse, puis en 1953 la constitution au Château Grimaldi d’un musée d’art méditerranéen moderne, à la demande du maire de Cagnes -sur-mer, Louis Négro, et vaste programme, l’organisation de 13 biennales parrainées par des artistes à Menton, puis aussi des expositions à Paris, Strasbourg…


C’est en 2007, que la présidente Simone Dibo-Cohen a repris le flambeau de cette prestigieuse association sur le point de s’éteindre. Pour l’inscrire dans notre temps et la marquer de son empreinte, Simone Dibo-Cohen commissaire des expositions a aussitôt élargi l’entrée de cette association aux artistes du pourtour de la Méditerranée et ajouté à la peinture seule annoncée dans les statuts, l’accès à tous les aspects de la création contemporaine : sculptures, les vidéos, installations.


Cette large participation a occasionné ensuite des expositions très fortes à Nice puis au Château Grimaldi du Haut- de-Cagnes avec des œuvres d’artistes livrant des messages nourris du contexte de l’actualité et des crises de la création méditerranéenne.


@Sans tambour ni trompette, les 70 ans de la création de l’Umam a mis plus de 150 artistes à l’honneur cette année, au cours d’une quinzaine d’expositions de Menton à Beyrouth, Marseille, Paris, Nice, Villefranche-sur-Mer, Pézenas et Aspremont.


Menton tout au long de l’année 2016 fit la fête à la création contemporaine et organisa des manifestations artistiques de haut niveau, les jardins de la ville, le bord de mer, furent parés de sculptures d’artistes reconnus et célèbres ainsi se renouèrent les liens établis par Matisse et Bonnard.



L’été dernier au Musée des Beaux-Arts de Menton d’autres aspects de la création contemporaine se sont révélés : des sculptures dans ses jardins mais aussi à l’intérieur du Palais Carnolès des peintures, dessins, installations in situ en correspondance avec des œuvres de la collection du musée. Plusieurs artistes restent gravés dans notre souvenir, les sculptures d’Herman Muys fragiles et mystérieuses, des personnages qui nous observent, nous épient. Evelyne Galinsky, sculpteur inspiré par la méditation et le silence nous entraina dans une veillée funèbre, tandis qu’Héléna Krajewicz et Rob Rowlands, avec des projections d’images d’actualité sur des voiles suspendus et transparents nous firent ressentir les souffrances de populations bombardées, exterminées et réfléchir à la puissance du pétrodollar et à la force de l’art… d’autres œuvres s’imposèrent aussi, celles de Martin Hollebecq, Mauro Corda, Stephano Bombardieri, Emmanuel Régent, Nasr-Eddine Bennacer, Elsa Ghossoud… plus d’une centaine de jeunes artistes et créateurs contemporains, certains mondialement reconnus furent exposés à Menton dans les jardins et les palais.


La dernière exposition mise en scène au Palais de l’Europe par Simone Dibo-Cohen permis d’exposer une soixante d’artistes dans un espace généralement consacré à un seul artiste. Au hasard de ce circuit semblable à ceux d’une petite foire d’art contemporain, de grands artistes comme Cécile Andrieux venue du Japon étaient à découvrir. Cet artiste, présentait une sorte de tour de Babel, un monde en couveuse nourri de recherches linguistiques et esthétiques suscitant une réflexion sur la relation mot-homme, graines-mots, résonnance-questionnement.



Plus loin les voyages d’Ivona Boris, sa conception de l’espace permettent d’envisager un espace photographique, poétique et onirique, un monde imaginaire qui remonte aux mémoires antérieures de l’histoire de l’humanité. Voici aussi Thomas Bossard et ses dessins, Matteo Carassale photographe aux images capteurs d’instants, plus loin Anna Chromy et sa sculpture en bronze à la beauté classique dont l’esthétisme en creux recherche peut être une présence humaine, ici Antony Mirial au travail d’une beauté époustouflante, Jonathan Ribeiro et ses installations empreintes de détresse, photographiées et sublimées de beauté. Une peinture de Franta s’impose, en soutien aux jeunes créateurs émergeants, un dessin de Gérard Eppelé, puis Corinne de Battista, Philippe Beaufils, Ge Feng, Marc Gaillet, Gérard Haton- Gauthier, Olivier Schmitt, Victor Soren, KKF, Jacqueline Matteoda, Claudie Poinsard, Myrian Klein… certains sont déjà des références mondiales !



Si l’UMAM a permis à quelques artistes de vendre à des collectionneurs, de trouver des galeries et d’accéder à d’autres lieux d’exposition, elle a aussi favorisé des rencontres entre jeunes artistes et artistes reconnus, permis l’émergence de jeunes créateurs !

La fête est-elle terminée ? Peut- être pas …

Brigitte Chéry
(Photos : Christian Gallo)