Affichage des articles dont le libellé est Marc Alberghina. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marc Alberghina. Afficher tous les articles

samedi 7 octobre 2017

Alberghina : le grand prix Matisse des soixante-dix ans de l’UMAM


Tous les deux ans, l’Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne (UMAM) décerne à l’occasion de ses biennales un grand prix, le prix Matisse, du nom de l’un de ses parrains, l’autre étant Bonnard. 2016 fut une année exceptionnelle, car au lieu d’une simple biennale, ce furent plus de quinze expositions organisées à Marseille, Nice, Beyrouth, Menton, Villefranche-sur-Mer, Aspremont, Etc. En effet l’UMAM fêtait les soixante-dix ans de sa fondation, ce qui, probablement, fait de l’association la plus ancienne d’Europe dans l’art contemporain. Ce furent donc des centaines d’artistes présents sur les cimaises et dans les salles, les chapelles et les palais.


 On va retrouver Marc Alberghina à plusieurs reprises et pas tout à fait par hasard. En 2014 déjà, lors de la biennale qui se tenait cette année-là au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer, son crucifix en hommage à Pablo Picasso avait impressionné et provoqué de nombreux articles de presse. Son cercueil formé d’urnes a étonné aussi bien à Villefranche qu’au palais de l’Europe de Menton. Que la présidente Simone Dibo-Cohen et les membres de l’UMAM décident de lui accorder ce prix exceptionnel est largement mérité et l’exposition organisée au musée Cocteau est la juste récompense d’un travail de grande qualité.

Parmi les milliers d’artistes exposés par l’UMAM, parmi soixante-dix ans de récompenses, ce n’est que la deuxième fois que l’Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne couronne un céramiste. Le premier fut Roger Capron, qui l’année de la fondation de l’UMAM arrivait à Vallauris. Marc Alberghina travaille aussi à Vallauris. En 1970 Capron obtient le grand prix international de la céramique ; Marc Alberghina l’obtient lui en 2016. La réputation de Capron est mondiale, celle d’Alberghina est en passe de le devenir.

Mais quand Capron travaillait à Vallauris, la ville était un grand centre de la création de la céramique ; ce n’est plus le cas aujourd’hui, car le goût des publics a évolué, devenus de simples visiteurs qui passent, ils ne sont pas attirés par la création mais plutôt par l’objet souvenir ou utilitaire, souvent fabriqué au bout du monde.

Avec Alberghina l’émail prend une autre valeur : parfois blanc, parfois très coloré, il resplendit et témoigne d’une maîtrise pratiquement unique en France. L’outrance, la violence, le sacré, l’interdit, la sauvagerie caractérisent ses œuvres souvent iconoclastes. Il aime le blanc mais bordé de couleurs. Ses urnes ont des liserés d’or, ses « Saint Sébastien » des taches de sang, ses « Canis Ligua » dégoulinent sur les socles… Cependant tout est beau ; on n’est pas outré en voyant ses céramiques, on reste sans voix, presque sans air.

Pourtant dans toutes ses expressions, rien n’est gratuit, tout est référencé. Les langues de chien nous font penser aux Rolling Stones, et de ce fait l’outrance devient attirante et sensuelle. Qui n’a pas vu sa sphère formée de sexes masculins (dont un seul en creux et en or) serait déçu. Quand elle est exposée, immanquablement tout le monde vient la toucher ; on a même vu un soir de vernissage les élus d’une commune se faire prendre en photo en la caressant…

Est-il morbide ? Il ne faut pas négliger les origines siciliennes de Marc Alberghina. Dans cette île les catacombes, comme celle des Capucins à Palerme, parsèment la terre : elles sont romaines, chrétiennes, juives, en particulier vers Agrigente dans la partie occidentale de l’île. Alberghina expose alors au grand jour ce qui est souterrain. Il n’est pas plus morbide que l’était Jérôme Bosch, mais avec autant d’imagination et d’outrance. Cette sensualité mortifère est accentuée par la beauté du brillant de la céramique. Ses sculptures deviennent alors séduisantes et parfois baroques. C’est le cas de ce roi présenté à Menton, squelette blanc richement vêtu et couronné, assis dans un fauteuil doré et nimbé d’un soleil rayonnant. De fait ses squelettes, ses ossements assemblés sont pleins d’humour, de jubilation parfois. Rien n’est gratuit et tout est attrayant.

Le 20 octobre prochain, Simone Dibo-Cohen lui remettra, au nom de l’UMAM, le diplôme du Grand Prix Matisse 2016. Il rejoindra, à ce moment là les gloires exposées par l’association : Picasso, Braque, Carzou, Chagall, Kandinsky, Klein, Soutine, Utrillo, Vasarely, Modigliani et bien entendu Matisse et Bonnard. Il rejoint également Hirst, Garouste, Dolla, Pignon-Ernest, Régent, Sosno, Viallat, Ben, Bombardieri, Pahlavi, Franta, Castellas, Tatah...

Christian Gallo


jeudi 11 août 2016

C'EST DEMAIN A 19 HEURES

Avant-dernière exposition des 70 ans de la fondation de l'UMAM
fondée sous le parrainage de Matisse et Bonnard en 1946.


Chapelle des Pénitents Blancs d'Aspremont
Avec les œuvres de Marc Alberghina, Gérard Haton-Gauthier, Jacqueline Matteoda, Béatriz Moreno, Jonathan Ribeiro et Dan You 


Via M14 : 27 minutes
Via M914 et M14 : 29 minutes
Via Avenue de Rimiez et M14 : 33 minutes
Par l'autoroute :
- sortie St Isidore,  puis route de Grenoble (direction Digne), enfin tournez à droite direction Colomars.
- sortie Nice-Nord, puis direction Gairaud et M14.
 


mercredi 10 août 2016

Marc Alberghina - UMAM 70 ans - Aspremont


Séduire et horrifier

La déchéance du goût, du style, du savoir-faire, qui caractérise la production mercantile actuelle de Vallauris, lieu-symbole où Marc Alberghina a choisi de s’établir, est devenue, aussi paradoxal qu’il puisse paraître, l’un de ses sujets de réflexion privilégiés. Les artistes-potiers au talent inspiré et à la forte personnalité – actifs dès les années 40 dans ce village qui était alors un lieu de villégiature méditerranéenne et de création artisanale liée à une tradition de poteries utilitaires – ont été supplantés progressivement à partir des années 70 par d’autres qui, obsédés par le commerce et sous la pression des lois du tourisme de masse, ont vite appliqué les règles du «vite fait, mal fait» au plus bas prix, au détriment d’une expression personnelle novatrice, nécessairement plus dérangeante. La position volontariste de résister à cet état de fait en le contestant de l’intérieur est assumée aujourd’hui par Marc Alberghina, avec panache. Loin de lui l’envie de déclarer la guerre à sa communauté, mais plutôt celle de témoigner de ce qui a été et de ce qui n’est plus en rejouant, avec la distance calculée d’une technique très maîtrisée, les codes de cette décadence inéluctable – les émaux trop immédiatement faits pour épater, le clinquant des dorures surabondantes, les formes dites « libres » sous prétexte qu’elles sont déstructurées, ramollies et d’un baroquisme débridé – afin de faire collectivement réfléchir et tenter de reconstruire sur les décombres.


Avec opiniâtreté, Marc Alberghina construit jour après jour un art de la polémique des plus exigeants, position très peu explorée dans la céramique française actuelle, mais qui n’est cependant pas sans lien de filiation possible. Pour exemple, depuis les années 70, d’abord en terre puis avec du béton teinté, le sculpteur-céramiste Pierre Baey a construit une œuvre de premier ordre mêlant le païen et le sacré, avec une insolence et un sens de la provocation visuelle qui pourraient être comparés. Plus sûrement encore, Marc Alberghina peut trouver ses alliés d’expression dans la lame de fond que fut la figuration à visées politiques qui s’est imposée aux Etats-Unis à la fin des années 60, principalement sur la côte Ouest où de grands sculpteurs-céramistes de la Funk Generation, tels que Robert Arneson et Richard Notkin, ont su constituer une vision critique décapante de notre société basée sur l’idolâtrie, le cynisme et la surconsommation.

Les récentes œuvres de Marc Alberghina constituent un savant jeu de mise en scène de l’inconscient collectif, tant elles arrivent à faire surgir – à « manifester » – les non-dits, les travers paranoïaques ou schizophréniques de l’être humain. Une série de trois bustes somptueux aborde le thème de l’autoportrait, mais présenté dans une situation de camouflage, le visage étant dérobé à la vue et comme équipé pour aller au-devant d’un danger : ces bustes, moulés très classiquement en biscuit de faïence avec des piédouches richement émaillés, ont en effet leur face «oblitérée» par un grand ovale plat occultant les traits du visage (en référence peut-être aux célèbres Oblitérations du sculpteur Sacha Sosno). Cette forme-miroir étrange – parce qu’opaque – paraît là également pour étouffer un cri : on imagine en son revers une expression faciale décomposée par l’effroi, à la manière des si singulières Têtes de caractères grimaçantes qui furent sculptées au XVIIIème siècle par l’autrichien Franz-Xaver Messerschmidt. Cet effacement volontaire de soi est à considérer moins comme un jeu de mascarade que comme la nécessaire imposition d’un bouclier, d’un pare-choc protégeant l’artiste des éventuels regards réprobateurs ou inquisiteurs, voire des quolibets, crachats ou projectiles de toutes sortes, auxquels il semble s’attendre et, en conséquence, se préparer. En interposant ainsi entre lui-même et la vindicte populaire cette sorte de plaque-écritoire, pouvant faire office de cahier de doléances ou de «livre d’or» à vertu cathartique, l’artiste s’érige manifestement en bouc-émissaire. Autre indicateur d’une tension dramatique extrême, sur chacun de ces portraits en bustes, un cœur-organe couvert d’émaux flammés vient se greffer au torse tel un bijou-projectile, terrible et sanguinolent comme s’il venait d’être fraîchement extirpé du corps humain… De tels dispositifs métaphorisent l’artiste en cible émouvante, et cette théâtralité abstraite met en exergue un rapport ambivalent devenu le fil rouge de l’œuvre entière : un désir d’exposition/exhibition de soi contrarié par la volonté farouche du retranchement, du repli. Dans la spectaculaire trilogie des Saint Sébastien, c’est son corps entier que Marc Alberghina offre maintenant symboliquement en pâture, qu’il moule en positions renversées, d’abord en arrière puis replié en avant, décapité ou bien le visage zippé recouvert d’un capuchon. Il endosse – au sens littéral – les positions du saint-martyr et du soldat combattant, ployant sous les jets d’organes sanglants cette fois lancés en rafale, se présentant en cible idéale pour le ressentiment et le défoulement collectif. Il faut rappeler, à ce moment précis, qu’une des œuvres de l’artiste avait été volontairement détruite par un visiteur resté anonyme, il y a de cela quelques années, lors d’une exposition-biennale à Vallauris…

Tout en surfant en conscience sur un excès de sensationnalisme, Marc Alberghina adopte une esthétique qui pourrait être qualifiée de « décadente » si elle n’était pas aussi cultivée, emplie de références iconographiques à l’art ancien – celles des ex-voto, des vanités, ou de la figure du martyr, parmi d’autres – et imprégnée des textes et rituels de la religion catholique. Sachant parfaitement trouver sa place aux cœurs des représentations et des enjeux de l’art actuel, il sait mieux que personne flirter également avec les réminiscences kitsch, sans pour autant tomber au creux d’une vague qu’il s’applique au contraire à dénoncer. Grâce à l’élégance visuelle et au sens aiguë de la narration qui le caractérisent, il évite toujours « sur le fil » les écueils du scabreux ou du racolage facile. Il sait tenir admirablement le regardeur (le voyeur ?) en alerte – pour ne pas dire en haleine – par sa façon très personnelle de fixer les sensations physiques et les sentiments humains en formes sculpturales, aussi directement assimilables par l’œil contemporain qu’un arrêt sur image en provenance du zapping télévisuel. Parce qu’elle témoignent d’un imaginaire héroïque plongeant au cœur des mythes de l’humanité, ses sculptures semblent en effet résulter d’actions brutales de performances venant tout juste de se dérouler en direct sous nos yeux, qui nous auraient laissées pantois ou offusqués, et nous obligeraient par là-même à sortir de notre habituelle léthargie pour réagir, pour ou contre. Les performances d’artistes conceptuels tels que Marina Abramovic ou Jan Fabre – explorant les mêmes territoires extrêmes de la violence physique, prêts à mettre leur vie en danger pour faire éprouver à leur auditoire le dénuement du corps, révéler l’instinct de mort en tout un chacun, faire ressentir aussi le « frisson » de la vie, dans toute sa sauvagerie animale – doivent avoir sans doute retenu l’attention de Marc Alberghina, et l’inspirer dans sa pratique sculpturale.

Il faut certes avoir une certaine sensibilité au macabre – ou du moins à la beauté convulsive – pour apprécier des œuvres explorant ainsi, sans concession, les désordres physiologiques ou psychologiques de l’être : la fragilité, la peur de la mort, la menace de l’anéantissement pèsent constamment sur ces représentations du corps fragmenté, lorsque celui-ci n’est pas déjà réduit à l’ossuaire, comme dans L’Usine ou dans Cycle… Avec chaque fois plus de virtuosité et de contrôle des effets, Marc Alberghina déploie dans l’espace des figures fantomatiques pétries par la véhémence de sa rébellion contre les hypocrisies et les intolérances, mais façonnées également par les forces obscures de la dépression collective qui, telle une ombre portée, nous tirent tous vers le bas. Une confusion des sentiments s’installe durablement à la vision de cette œuvre fertile et éprouvante, subtile métaphore de nos combats intérieurs. Un concentré du Paradis et de l’Enfer, en somme…

Frédéric Bodet

Exposition du  13 août au 11 septembre (mercredi, samedi, dimanche 14h30-18h30)
Chapelle des Pénitents Blancs à ASPREMONT
VERNISSAGE : vendredi 12 août à 19 heures.

jeudi 4 février 2016

UMAM 70 : rencontrez les créateurs ce week-end !

La sixième exposition des 70 ans de l'UMAM a lieu en ce moment à la Chapelle Sainte Elisabeth à Villefranche-sur-Mer. Elle réuni deux artistes de talent : Marc Alberghina, céramiste, et Marc Gaillet, photographe.
Ce week-end ils seront aux milieux de leurs œuvres le samedi et le dimanche après-midi.

Samedi après-midi MARC GAILLET
http://umamfrance.blogspot.fr/2016/01/villefranche-umam-70-ans-marc-gaillet.html
Le plasticien de l'image insuffle du surréalisme dans ses photographies. N'hésitez pas à dialoguer avec lui.

Dimanche après-midi MARC ALBERGHINA.
http://umamfrance.blogspot.fr/2016/01/villefranche-umam-70-ans-marc.html
Marc Alberghina ne craint pas les sujets qui dérangent. Mais ce n’est pas provocation gratuite, moins encore racolage facile. Laissez vous impressionner par ce céramiste contemporain exceptionnel et venez en parler avec lui.

Cette sixième exposition de l'UMAM a été évoquée dans un intéressant article de Nice-Matin sous la plume de Jean-Michel POUPART.

La chapelle sera ouverte de 14h à 18 h.


vendredi 22 janvier 2016

Promenade photographique à l'UMAM 70 : Marc Alberghina et Marc Gaillet

La sixième exposition des 70 ans de l'UMAM a lieu en ce moment à la Chapelle Sainte Elisabeth à Villefranche-sur-Mer.
Elle est ouverte au public le vendredi, samedi et dimanche jusqu'au 15 février. Elle réuni deux artistes de talent : Marc Alberghina, céramiste, et Marc Gaillet, photographe. Pour en savoir plus : pour Alberghina http://umamfrance.blogspot.fr/2016/01/villefranche-umam-70-ans-marc.html et pour Gaillet http://umamfrance.blogspot.fr/2016/01/villefranche-umam-70-ans-marc-gaillet.html.
Une promenade passionnante où les œuvres ont été conçues pour cet chapelle.

Marc Alberghina
Marc Alberghina  
 
Marc Gaillet (détail)
Marc Gaillet (détail)
Marc Alberghina
Marc Alberghina (détail)
Marc Gaillet
Marc Gaillet
Marc Gaillet
La Chapelle Sainte Élisabeth à Villefranche-sur-Mer
Photos : Christian Gallo

jeudi 7 janvier 2016

Villefranche : UMAM 70 ans. MARC ALBERGHINA - L'invitation #6

Dans le cadre des 70 ans de la création de l'UMAM par Matisse et Bonnard, l'UMAM présente sa sixième exposition à la Chapelle Sainte Elisabeth de Villefranche-sur-Mer en partenariat avec la ville de Villefranche-sur-Mer.

Le travail céramique de Marc Alberghina ne théorise pas. Il s’abreuve à l’expérience du réel, véritable matrice de l’imagination et du désir. C’est dans son propre vécu, dans la rencontre du merveilleux comme de l’intolérable, que se sont forgés, dans une dialectique oppressante, les mouvements de révolte qui sont à la source de ses pulsions artistiques.

Pour autant, Marc Alberghina ne cherche pas à se réfugier dans des édens complaisants ou des ailleurs mythiques. De même a-t-il rejeté les postures d’un art militant, vaguement teinté d’anarchisme, qui marquaient ses premiers essais et qui se sont révélées une impasse. Désormais, c’est Vallauris et tout l’héritage vallaurien qu’il entend questionner à la manière d’une mère ou d’une maîtresse, suscitant à la fois haine et amour, fascination et angoisse.

C’est au centre de ces questionnements que l’artiste peut créer une œuvre véritablement critique et agissante, dont l’inquiétude sous-jacente dialogue pleinement avec ces cohortes d’artistes, qui, d’un bout à l’autre de la planète, interrogent les cultures populaires pour rétablir l’homme dans sa dignité sans rien nier de sa complexité.


Marc Alberghina a grandi et baigné dans l’atmosphère lumineuse et colorée, industrieuse et ludique du Vallauris des années soixante, avant que la marchandisation et le tourisme de masse n’exercent leurs ravages. Comme il est normal, ses débuts furent tâtonnants. Une solide formation céramique lui a conféré une maîtrise exceptionnelle des techniques du tournage et du coulage, mais ne l’a pas orienté exclusivement vers cette profession. Il s’est essayé, non sans succès du reste, à la sculpture et à l’art du métal, tout en travaillant pour le compte de divers fabricants de céramique utilitaire. Il assiste cependant, et pour l’heure impuissant, au déclin apparemment inexorable du monde artisanal de sa ville d’élection, soumise aux impératifs d’un mercantilisme vulgaire et agressif dont la rançon est la fermeture de nombreux ateliers. Il ne trouve pas grand réconfort du côté de la céramique élitiste, celle-là même qui s’expose aux Biennales de Vallauris, qui semble s’enfermer dans le culte de la forme et de la pièce « propre ».

Le choc sera tardif, mais il sera décisif. Il intervient en 2006, quand Yves Peltier, un remarquable connaisseur de la céramique contemporaine, prend en main la direction de la Biennale. Le nouveau commissaire général marque d’emblée cette manifestation de son empreinte : excellence des savoir-faire, dans la meilleure tradition de Vallauris, mais aussi large ouverture internationale et pleine inscription de la céramique dans tous les renouvellements et audaces de l’art contemporain.

Dans cette volonté d’oubli réparateur, Marc Alberghina jette aux orties sa production antérieure pour se consacrer pleinement à la céramique, passant du même coup du statut d’artisan à l’exigence de l’artiste. Avec opiniâtreté, et non sans panache, il élabore un art délibérément polémique et dérangeant, un registre fort peu pratiqué dans la céramique française, mais qui retient assez vite l’intérêt de la critique et des collectionneurs. Après une exposition prometteuse à Paris en 2009, trois de ses œuvres – Nougatine, Usine et Offrande – sont sélectionnées pour la Biennale de Vallauris de 2010. Depuis, il expose régulièrement dans diverses galeries, à Nice notamment, et dans des centres culturels.

Au stade actuel de sa production, il n’est pas aisé de caractériser l’œuvre de Marc Alberghina tant elle se prête, par sa complexité même, à des regards croisés. Avancer que cet artiste appartient, de façon chronologique et esthétique, à cette lame de fond venue de la côte Ouest des États-Unis, et qui, dans sa réaction antiformaliste, a ouvert la voie à une figuration délibérément critique, n’est pas inexact. Une œuvre comme Offrande relève bien de cette transgression ravageuse des codes du bon goût, s’agissant des restes d’un festin singulier où se lisent clairement les pratiques d’un cannibalisme qui peut être aussi bien celui des sociétés modernes que celui du syndrome vallaurien. De même, Usine, une structure désaffectée surmontée d’une tour-cheminée décharnée, renvoie à un monde déshumanisé réduit à l’état d’ossuaire et se prête à cette double lecture.

Dans sa prédilection pour les squelettes, les crânes, les ossements, on peut déceler l’influence du baroque morbide de l’Europe méridionale, redevable sans doute aux origines siciliennes de l’artiste. Mais Marc Alberghina sait jouer de bien d’autres registres qu’il combine avec virtuosité : le galbe classique de ses autoportraits, les réminiscences kitsch qu’il distribue çà et là, et surtout le sens inné de la couleur et la richesse de ses émaux, hommage à la tradition de Vallauris qu’il revendique pleinement.

Qu’il s’agisse de la trilogie de ses Saint-Sébastien au corps torturé, de son Picasso crucifié la tête en bas, de ses épaisses langues sanguinolentes, Marc Alberghina ne craint pas les sujets qui dérangent. Mais ce n’est pas provocation gratuite, moins encore racolage facile. Outre que sa large culture confère à son travail toute une gamme de références iconographiques à l’art ancien, son œuvre explore, sans concession certes, mais avec une infinie compassion, les pathologies de l’homme moderne au cœur des mythes de l’humanité souffrante.
Patrick FAVARDIN



VERNISSAGE : Vendredi 15 Janvier 2016 à 18 heures
Expsoition jusqu'au 15 février 2016
Chapelle Sainte Elisabeth - Rue de l'Eglise - Villefranche-sur-Mer


jeudi 15 mai 2014

Biennale 2014 de l'UMAM : Marc Alberghina

Acheté parce que cassé, un petit crucifix trouvé chez un brocanteur est à l'origine de Tragédie. Sur une croix façonnée de planches d'anciens ateliers de céramistes, Marc Alberghina nous présente une crucifixion triplement tragique.

Picasso en martyr, son corps démembré et retenu par des clous. Une tache d'émail flammé rouge suggérant qu'un drame s'est déroulé. Elle dégouline sur un amoncellement de moules mères, ces anciennes matrices de céramique de Vallauris, renversées, culbutées comme écroulées d'un mur.

Cette œuvre intense, dérangeante, réalisée en faïence, sa matière de prédilection, se joue du symbolique (un fils et ses « mères » bouleversées), d'un imaginaire cruel et de son enracinement vallaurien.

Alain Amiel

« Tragédie » Faïence émaillée et bois 
Bought it because broken, a small crucifix found in antique shop, is at the origin of Tragédie. On a cross made with planks from old ceramic studios, Marc Alberghina presents a triply tragic crucifixion.

Picasso as a martyr, his body dismembered and held by nails. A stain for red flamed enamel suggesting that a tragedy unfolded. It drips on a pile of master moulds, these old ceramic moulds from Vallauris, overturned, tumbled as if fallen from a wall.

This intense, disturbing work, made of earthenware, his favourite material, mocks the symbolic play (a man and upset "masters"), the cruel imagination and its Vallaurian roots.

Alain Amiel 

A PARTIR DU 6 JUIN A 18 HEURES AU CHATEAU-MUSEE GRIMALDI DE CAGNES-SUR-MER

dimanche 1 septembre 2013

L’Art en Place à Vence : de bonnes surprises.

Le plus grand festival à succès de la Côte (les Nuits du Sud) ayant quitté la place du Grand Jardin, ce sont quarante artistes qui ont investi les lieux pour deux jours, malgré une information bien timide concernant cette manifestation. D’excellentes surprises, des œuvres de qualité ont permis des rencontres entre les artistes et les visiteurs curieux de découvrir la création contemporaine.

Marc Alberghina
Si certains étaient bien connus des azuréens, ils présentaient des œuvres parfois inédites, mais toujours d’un réel intérêt ; c’est le cas des céramiques de Marc Alberghina qui surprennent toujours par leurs technicités et leurs dimensions : Un squelette abandonné dans une bassine et une boule très sexuelle attiraient le regard et la main. Une belle découverte avec Kayetan, un artiste venu de l’ouest de la France qui présentait trois toiles où apparaissait à peine évoqué un corps surgissant du blanc le plus pur et trois sculptures qui se vautraient sur la place.

Kayetan
A signaler également un tapis suspendu de Catherine Ferrari avec un maréchal du XIXe siècle dont les médailles s’effondraient au sol ; belle dérision ! Plus loin il fallait remarquer les sous-verres de Claudie Poinsard qui, lorsqu’elle aborde l’abstraction, laisse apparaître un jeu d’ombre et de lumière rare. Quelques petites sculptures de Luc Boniface en mousse dégoulinantes de l’eau de la Foux qui alimente Vence (normal qu’elles dégoulinent, l’eau étant diurétique) semblaient un peu perdues dans cet espace. 

Brigitte Ferrari

Ce sont justement ces fontaines qui parsèment la ville qui ont incité les visiteurs, comme nous-mêmes, à se promener dans les ruelles de l’antique cité, à déjeuner sous les marronniers de la place Godeau au charme indéniable puis, la chaleur venant, à se rafraîchir sous les platanes de la place du Grand Jardin. De l’art contemporain à quelques belles inscriptions romaines des murs de la cathédrale, les siècles se réunissaient subitement.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

Etaient présents : Simone Dibo-Cohen, Celia Mores, Christian Gallo